Lettre ouverte d'un plané(t'as rien).Discussion publiée par BalthazarAccueil des forum > Démocratie > Lettre ouverte d'un plané(t'as rien). |
| 13 Oct 2007 à 12:36 | Lettre ouverte d'un plané(t'as rien). |
![]() Balthazar Message privé Usager Actif Messages: 262 Votes reçus: 13 Inscription: 2007-10-13 Bloquer |
Bonjour, Je viens de m'inscrire à l'instant même. Ceci reste une satire composée par un moins que rien, moi-même, de notre société. Crée de toute pièce, elle tente de cerner les possibles pouvoirs autoproclamés des élites au sein d'une soi-disante démocratie. Ce petit essai compte déjà quelques années. Remis au goût du jour, je ne pense pas qu'il souffre de quelques rides. Il dévoile, un petit peu, le constat rarement édité par une presse condescendante portant sur les 8 millions de souffreteux de l'Hexagone. Je souhaite, à l'évidence, croiser quelques réactions. Soudain, comme un cri dans la plaine rase où régnait l'équanimité, retentit cette phrase injurieuse : « La démocratie n'est qu'illusion pour le peuple ». D'abord interdits, ébaubis, interloqués, puis courroucés, furieux et véhéments, tous les responsables politiques, les décideurs financiers, tous ceux qui se prévalaient de quelque prépondérance, de quelque particularité ou de quelconque autorité s'en vinrent, à l'aune d'une bestiale férocité, crier haro sur l'hérésiarque. Tel un annal mascaret remontant au galop le fleuve de l'agitation, des millions de poitrines soulevèrent l'ire, véhiculèrent la vindicte populaire et fustigèrent la calomnieuse accusation. Déjà le gibet fut dressé, des tribunaux apparurent dans chaque bourg. Les relais médiatiques dénoncèrent, sur tous les tons, l'apostasie et blâmèrent le sacrilège. La une des quotidiens épanchait sa soif de protection d'une encre vitriolée. La riposte était vive contre le blasphème. Partout des chapelles ardentes, recueillies dans l'oraison jaculatoire, s'illuminaient sous la lueur de mille cierges. Jusqu'au sommet de la chaire s'élevaient complaintes et litanies, et, tel un formidable séisme protestataire, l'ensemble des démocrates jurèrent solennellement, la main droite scotchée sur le myocarde, de tout mettre en œuvre afin de châtier sans rémission l'infamie. Déjà la maréchaussée investit toutes les voies d'accès ; des barrages rassurants essaimèrent les routes, les contrôles d'une police zélée se multiplièrent ; enfin, l'armée se déploya en de judicieuses stratégies. Au fond de ce tumulte tonitruant et galopant, s'en vinrent sourdre, des travées de l'Assemblée, imprécation et hourvari. Même le Sénat s'éveilla de sa langueur habituelle. C'est ainsi que notre pays connut, ce matin-là, une extraordinaire réunion mêlant Président, Députés, Décideurs économiques et leurs millions de thuriféraires apparentés, actionnaires et dociles. Séance tenante, la décision de contrer l'imbécile phrase par une indéfectible sentence, la farouche volonté de désavouer l'incivique félon, fut convenue, après d'âpres vomissements sacraux, de terribles représailles. La République, garante des lois, annonça sa volonté de ne point faillir à ses nobles tâches ni à ses hautes fonctions. Au même instant, les villes, noircies de marées humaines, grondaient sous le pas revanchard et précipité de millions de manifestants. Dès lors, l'arsenal répressif se montrait tellement large, si comminatoire, si péremptoire, que l'accusé en trembla de tous ses membres. En effet, les recherches aboutirent rapidement et l'hétérodoxe fut pris et aussitôt traduit devant la Haute Cour Suprême, fermement enferré au milieu d'une double rangée de gendarmes aux mines patibulaires, prêts à tout éventuelle rébellion. L'acte d'accusation demeurait, ici-bas, intraduisible tant fusèrent les imprécations, résonnèrent les poursuites et tonnèrent les dénonciations d'une société salie dans son honorabilité. La justice, particulièrement inquisitoriale, ne concéda nulle clémence, pas plus que de circonstances atténuantes. Inflexible, le glaive s'abattit sur le profanateur, coupable d'insulte publique contre les fondements de la noble démocratie française. Mais, dans un souci d'équité, et comme dans tout tribunal aux accents théâtralistes, un avocat commis d'office tentait, le regard bas et le profil adapté à la tragédie, d'émettre quelques suppliques incantatoires. La joute oratoire, tels des assauts d'épéistes chevronnés ferraillant avec une extrême vigueur, débuta par le Procureur chargé d'effacer l'irrémissible sacrilège. – Vengeance, telle est la sentence envers le scélérat. – Messieurs, fit timidement le défenseur de l'impossible succès, que la Cour veuille bien m'ouïr. Mon client regrette les propos séditieux et injurieux qu'il manifesta tantôt. A ces mots repentants, l'accusé branla du chef comme pour dire non. Alors l'enceinte du tribunal trépida sous le chahut, vibra sous les admonitions et trémula des voix offusquées, des vociférations hurlantes et imprécatoires. C'est alors que contraire à toutes les supputations et autres manœuvres avocassières, le défenseur se mua en conscience complice, prêtant foi à l'abjuration contre la partie civile. Mais que d'obstacles difficultueux eut-il à franchir pour organiser une riposte langagière, elle-même qualifiée d'hérétique. – Mon client a prononcé des mots qui ont dépassé sa pensée, lança-t-il, le regard soudain éclairé de véritable justice. – Non, non ! Sus à l'imposteur, s'écrièrent en chœur les représentants de l'Etat, mortifiés dans leur honneur. Que celui qui salit l'idéal démocratique subisse le pire des châtiments! Non, nous ne pouvons tolérer l'insulte souveraine qui consiste à outrager le pays des Droits de l'homme, cette terre édénique offrant à ses enfants la liberté, la reconnaissance individuelle et un rôle de citoyen. – Messieurs, je vous en prie, persifla l'homme en noir, à présent combatif, avec de larges effets de manche. Permettez-moi de vous poser cette inadéquation. – Aussitôt, voulant couper la parole du drôle, les vitupérations reprirent de plus belle, le brouhaha augmenta et le Président, sans doute dans un souci de conscientisation, joua du maillet afin de rétablir le silence et, ainsi, redonna le verbe au défenseur de plus en plus canaille. Ce dernier en usa en ces termes troublants : – Messieurs de la Haute Cour Suprême, comment un individu matériellement démuni, déchu de ses droits à la vie, à laquelle pourtant il est advenu, supposé inutile au monde économique par son inemployabilité, son inadaptabilité au marché et présentant un bilan d'incompétences notoires, complètement inexploitable, peut faire valoir ses droits d'homme ; à savoir le respect, la dignité, la reconnaissance et la liberté ? Comment cet homme effacé, réduit à rien, écrasé par une économie de marché phagocytaire du tissu social doit-il se conduire, tandis que l'anéantissent mille fardeaux ? Pourquoi culpabiliser ce malheureux honni de la société bien-pensante, excluante, mais également d'une société de consommation saupoudrée de velléité du partage, de vouloir exprimer son désarroi, sa souffrance, sa colère ? Oui, pourquoi ? fit l'avocat d'une voix maintenant ferme et décidée, qui s'amplifia sous les micros tendus des médias. Soudain, le temps sembla s'arrêter. La plaidoirie de l'apôtre s'écoula de haut-parleurs disposés partout autour du pays. Les citoyens cessèrent leurs activités et se concentrèrent totalement à l'écoute de l'offensante diatribe dirigée contre l'ordre établi, accusatrice d’une hiérarchie renégate, corrompue et immorale, qui se répercuta dans l'esprit du grand auditorat. Les oreilles des humiliés de la vie se prêtèrent diligemment aux objurgations et aux envolées oratoires du défenseur. À l'inverse, les maîtres planétaires, convaincus de leurs bons droits à la prépondérance, à leur supériorité élitaire et à leurs métiers régaliens à faire plier la populace sous le joug de l'admonestation, du commandement arbitraire et du servage, s'exprimèrent de la sorte : – En effet, nous officions dans l'art d'accompagner le progrès humain. Nos compétences de grands responsables doivent se monnayer le plus largement possible par rapport à la loi d'airain du petit salariat. Il est fondamental de détenir l'entière richesse acquise et produite, moins les quelques misérables miettes que, dans une préoccupation de partage, nous condescendons à octroyer au vulgum pecus. Le mérite se paye. Quant à la plèbe, son fatum est de nous servir et de s'inféoder à nos pratiques. Ce n'est qu'un pauvre matériau dont nous avons le choix de disposer à notre convenance. A ces mots venimeux, et malgré les applaudissements et les cris de joie des féaux, l'avocat prononça d'un ton sentencieux cette méphistophélique réplique : – Voilà, messieurs, votre terrifiante usurpation. Si nous étions en démocratie, chacun des résidents bénéficierait d'un droit d'espérer, d'un droit au bien-être, d'un droit à l'existence, et nul ne saurait subir l'exclusion, l'ostracisme, le bannissement. Dans cet idéal politique, les écarts se réduiraient, les inégalités s'aplaniraient, la justice pour tous triompherait. Un véritable État démocratique combattrait l'hydre de l'ultralibéralisme, lutterait contre le travail contraignant, répétitif et abrutissant. Cet État proscrirait la fabrication de laborieux, d'impécunieux, d'une population de la scoliose et de la précarité. Il pourfendrait les hérauts et les messagers de la classification humiliante d'une société intolérante, spéculatrice, monopoliste, il offrirait à tout un chacun les possibilités de se réaliser aux travers de leurs propres inclinations. – En réalité, Messieurs de la Haute Cour Suprême, Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, Messieurs les Députés, à vous tous les Elus d'une République à la pâle démocratie, les Décideurs du monopoly mondial, les Chefs d'entreprise, les Banquiers, les Agioteurs, les Affairistes, les Boursicoteurs et tous Ceux qui ont quelque chose à dire, en effet, à vous Tous qui désirez protéger et accroître vos privilèges, votre foi de vouloir paraître supérieur, sachez que le peuple avili par le travail ignominieux, car unique ressource de ses besoins primaires, conteste cet emprisonnement. Les gouvernants, soucieux de conserver splendeur, renommée et, là aussi, privilèges, n'ont d'autres recours que de poursuivre, avec une diabolique habileté et de sages accommodements électoralistes, par l’usage du mensonge et de l'hypocrite politiquement correct, leurs douteuses intrigues. Quant aux gens de peu, ils demeurent imbéciles, minus habens. Ils représentent une population envahie d'ignorance concernant les droits inscrits dans la Constitution. C’est-à-dire les droits à la considération, à la liberté ! Ceci à l’évidence ne peut se produire que par l'adoption d'une équitable répartition des richesses, ainsi que l'éradication de l'esclavage moderne. Je le déplore, que dis-je, je le dénonce Messieurs, mais votre « grandeur » repose sur le renoncement et le fatalisme de cette partie importante du peuple. Car, tel un animal de compagnie atteint d'atavisme primaire, le besogneux manifeste un joyeux goût à la dépendance, une satisfaisante béatitude à son assujettissement. Il est vrai que le portable a remplacé le pain. Cette frange-là reste entièrement anesthésiée, voire décérébrée. Il n'en est pas moins vrai que votre société marchande, irrespirable et césariste fabrique le conflit, dénature l'homme, par le soin qu'il apporte à la préservation de ses seuls intérêts. Permettez-moi de souligner mes propos dissonants par cette dénonciation rousseauiste : "C'est ainsi que nous trouvons notre avantage dans le préjudice de nos semblables, et que la perte de l'un fait presque toujours la prospérité de l'autre". Le système économique actuel fait que le tort porté aux autres est davantage lucratif que le partage, l'éclosion d'une communauté unie, fraternelle, homogène dans le bien-être. Les clivages imposés par vos soins conduisent à l'aveugle violence, à l'insécurité urbaine, à l'anomie dans les banlieues. C'est cela votre coupable irresponsabilité que mon client met en avant. À ces mots outrageants, rebelles, le Président et sa cour firent taire le pamphlet. L'accusé fut conduit par les gendarmes en un lieu tenu secret, tandis que l'avocat se trouva radié du barreau et cloué au frontispice de la vilenie. Chacun pour crimes et offenses commis contre les institutions républicaines ! Puis tout rentra dans l’ordre, le système et ses dysfonctionnements se poursuivirent à l'aube du troisième millénaire. La force resta aux mains de la loi de bourgeois, et les deux tiers des Français s'embrassèrent, retrouvant le bonheur, l'équanimité. Ouf, soufflèrent-ils, nous devons respecter la tradition des classes. Les autres ? À question stupide, réponse identique. « A vous les gueux modernes, parasites existentiels, la démocratie n'a que faire de vos misérables lamentations. Que l'opprobre s'abatte sur vos épaules et souffrez de notre ultime désaveu ». Voici, en gros, le libellé qui clôtura le bénéfique procès. Au-delà de cette fable, des millions de gens comprirent que, pour leurs yeux éplorés, la démocratie n'est qu'un vœu pieux, une grande illusion. B. |
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| 14 Oct 2007 à 16:05 | Re: Lettre ouverte d'un plané(t'as rien). |
![]() HEPmahp Message privé Usager Actif Messages: 201 Votes reçus: 6 Inscription: 2007-09-17 Bloquer |
A Balthazar Joli texte, bien écrit, mais trop pessimiste. |
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| 14 Oct 2007 à 21:04 | Re: Lettre ouverte d'un plané(t'as rien). |
![]() Balthazar Message privé Usager Actif Messages: 262 Votes reçus: 13 Inscription: 2007-10-13 Bloquer |
A l'évidence, et grand bien vous fasse, vous ne semblez point relié à ce constat d'usage. Je ne sais si je possède les capacités littéraires et apodictiques pour vouloir relever ces dysfonctionnements sociétaux, mais néanmoins je les vis de l'intérieur, ainsi que des millions de sacrifiés pour que, justement, tellement le semblez-vous concerné, certaines catégories représentatives du tissu social en soit épargné. Au-delà de votre intervention lapidaire, je mets quiconque au défi de me montrer où se trouve le mot justice au sein des classes besogneuses. Bien à vous. B. |
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| 15 Oct 2007 à 02:08 | Re: Lettre ouverte d'un plané(t'as rien). |
![]() fred51 Message privé Usager Actif Messages: 101 Votes reçus: 1 Inscription: 2007-09-01 Bloquer |
Citation du message publié par Balthazar
A l'évidence, et grand bien vous fasse, vous ne semblez point relié à ce constat d'usage. Je ne sais si je possède les capacités littéraires et apodictiques pour vouloir relever ces dysfonctionnements sociétaux, mais néanmoins je les vis de l'intérieur, ainsi que des millions de sacrifiés pour que, justement, tellement le semblez-vous concerné, certaines catégories représentatives du tissu social en soit épargné. Au-delà de votre intervention lapidaire, je mets quiconque au défi de me montrer où se trouve le mot justice au sein des classes besogneuses. Bien à vous. B. Salut à toi! Je trouve ça un peu bête de gacher son temps à écrire autant de chose pour rien. Vous défendez des choses complètement utopique et défendez des gens qui n'en ont strictement rien à faire de vous et de votre rhétorique qui ne cherche à faire au seul homme politique depuis De Gaulle qui veut aller dans le bon sens. Dans ce pays, l'injustice c'est quand un mec, français ou pas, se retrouve avec un meilleur pouvoir d'achat que ceux qui bossent depuis longtemps. C'est aussi la lamination des classes moyennes qui ne sont pas assez riches pour vivre aisément mais qui le sont trop pour payer des impôts ou toutes sortes de taxes à la différence des classes inférieur où beaucoup sont des faignants. Il est également question de l'injustice avec la Police que l'on force a surveiller les bons quartiers alors qu'ils devraient quadrillé sans plus attendre les banlieux et y faire régner l'ordre. Pas besoin de belle parole pour se faire entendre, dire la vérité c'est mieux. Au début personne ne te crois ,après il y a le doute, après il y a le "finalement s'il avait raison!", un reportage bien assaisonné et vient le vote. Ce que tu raconte les gens s'en foutent car ils veulent du concret! les gens n'ont pas besoin de belle phrases destinées à sauver la République, ils veulent qu'on les prennent en main, qu'on les protèges et qu'on leur explique clairement ce qu'il va se passer. |
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